La ligne
Maison du peuple juif à Czernowitz, lieu de naissance d'Appelfeld
Je restai des heures debout. Le froid avait gagné tout mon corps lorsque j'émergeai de mes divagations. J'étais stupéfait de m'y être laissé aller si facilement. Je me souvenais qu'une pensée m'avait préoccupé tout ce temps, une pensée brûlante qui avait creusé son sillon en moi toute la nuit et avait fini par toucher un nerf douloureux, mais quelle était-elle et où, au juste, voulait-elle aller ? Je l'ignorais. J'essayais de vaincre le froid glacé dans mon corps.
p. 167

Les trains m'ont rendu libre. Que serais-je dans ce monde sans eux ? Un insecte domestique, un golem sous la forme d'un gratte-papier, ou, dans le meilleur des cas, le propriétaire d'un commerce de village. Une sorte d'humain rampant, se levant le matin, travaillant huit ou neuf heures la journée, fermant son magasin le soir avec ce qui lui reste de forces, et ne trouvant rien d'autre lorsqu'il arrive chez lui qu'une femme râleuse, un fils docile et un peu attardé, et une montagne de factures. Je hais ces terriers laids que l'on nomme des maisons.
p. 8-9
Site de l'éditeur
Julien Burri pour Le Temps
Le regard culturel de Lucie Commeaux
Marie Sorbier et Pierre Benetti pour France Culture