Thésée
Thésée, sa vie nouvelle d’après le livre de Camille de Toledo
Théâtre de Vidy
Ce corps fragile [de Camille de Toledo], miné de l’intérieur, résonne comme une critique, un rappel de l’histoire, une métabolisation de la modernité.
Valérie Dréville
Dossier de production

En s'installant dans la Ville de l'Est, Camille de Toledo découvre que le trauma s'inscrit en nous et non dans notre environnement. La fuite étant inopérante. il se retrouve littéralement paralysé dans le lieu où il pensait se reconstruire.Mais le passé n’est jamais entièrement passé. Il charge le présent de poids, de fantômes ; nous vivons dans les dettes accumulées du temps : ici, les nombreux revers du « Progrès » ; les dettes du carbone rejeté dans l’atmosphère ; mais aussi, pour l’Europe, les dettes des extractions, des exploitations au temps de l’esclavage, des colonisations… Des dettes qui entravent, qui hantent le futur.
Dans une rencontre introductive à la représentation « Traumas et transgénéaologie » l'artiste développe le parcours thérapeutique qui a redonné sens à sa vie. Un travail dans lequel il exploite les traces accumulées par ses ancêtres. Des archives dans lesquelles se révèlent, par certaines coïncidences, les absences. La chambre d'enquête, atelier imaginaire de son écriture, permet de visualiser l'agencement des événements qui ont façonné son histoire personnelle.
Valérie Dréville habite cet univers de sa forte présence. Une voix posée, calme et apaisante, dont le phrasé rappelle celui de l'auteur.
Le dispositif scénique de Guy Cassiers suggère que c'est Camille de Toledo lui-même qui donne vie à sa constellation familiale.C'est effectivement son être qui est dépositaire des destins de sa lignée. Un héritage qu'il nous dévoile dans son roman, témoignage d'un travail accompli et non d'une quête achevée. Donner sens à sa vie est un processus sans cesse à renouveler.Les personnages du livre cherchent leur position dans la société depuis les premières générations d’immigrés qui s’identifient avec la France, parfois plus que les Français. Je les vois comme des personnes qui cherchent un autre monde qui pourrait les accueillir, où ils trouveraient une place – comme Camille de Toledo qui, à son tour, quitte son pays pour se trouver un nouveau lieu, une nouvelle ville et être libre, espère-t-il, de son passé. Ils sont tous, à différentes époques, en équilibre entre leur histoire, leurs besoins et leurs convictions intimes. Et chacun lutte pour trouver son propre équilibre, sa propre liberté.
Guy Cassiers
Site du théâtre – Dossier de production
Alexandre Demidoff pour Le Temps – interview de Valérie Dréville
Camille de Toledo, archiviste des âmes