La maison vide
Que se cache-t-il derrière les volets clos d'une maison délaissée ? En tournant la poignée de la demeure abandonnée, le narrateur se remémore les objets, puis celles et ceux qui les ont utilisés ; il ouvre aussi la porte à l'histoire de sa famille. Un récit indubitablement lié aux développements sociaux.C'est parce que je ne sais rien ou presque rien de mon histoire familiale que j'ai besoin d'en écrire une sur mesure, à partir de faits vérifiés, de gens ayant existé, mais dont les histoires sont tellement lacunaires et impossibles à reconstituer qu'il faut leur créer un monde dans lequel, même fictif, ils auront chacun eu une existence.
p. 616
Toutes ces voix, ce sont les mots à peine transformés de Marie-Ernestine qui sont venus jusqu'à moi ; je les accueille, je laisse grandir et se multiplier les images et les odeurs, les secrets qu'ils contiennent, je les laisse inventer leur histoire […]
p. 48
Par quelques incises, Laurent Mauvignier montre que ce récit le touche personnellement. Ces éléments contextuels détonnent par un vocabulaire contemporain alors que le langue foisonnante de son roman est comme inscrite dans le monde immuable d'une langue choyée.


Sans le travail incessant de la préposée aux confitures et aux chaussettes à repriser, le domaine de La Bassée aurait sombré.
Cependant, en se soumettant aux injonctions sociales, Jeanne-Marie ne perpétue pas seulement la mémoire de son mari disparu, mais impose le conformisme de Firmin. Après le décès de ce dernier, l'auteur la désigne d'ailleurs comme la Patronne pour signifier ce continuum.de temps en temps [Marie-Ernestine] ose des coups d'œil à sa mère, et ne peut pas réprimer un mouvement de mépris envers elle ou d'agacement, tant il lui semble que la préposée aux chaussettes à repriser et aux confitures n'en finit pas de rétrécir et de disparaître dans l'ombre du père, qui ose parfois faire comme si de rien n'était et prendre, d'un air bonhomme et désinvolte, des nouvelles de sa fille
p. 150
Le domaine attribué aux Proust, dans la confusion de la Révolution, instaure la classe sociale de fermiers grands propriétaires dont l'auteur brosse la critique. Pour sa perpétuation, sa principale préoccupation, elle s'appuie sur l'Eglise. Lorsque son fils s'y consacre. Firmin se sent dépossédé ; l'humiliation domine quand la vie citadine lui prend son autre fils. une situation qui l'amène à tout miser sur Marie-Ernestine pour qu'elle sauve la famille par un bon mariage.
Car des secrets se répandent en nous comme s'ils avaient été énoncés depuis toujours par ceux-là mêmes qui précisément font d'eux des secrets. Ce n'est pas que ces derniers se trahissent et disent sans s'en rendre compte ce qu'ils veulent taire, non, c'est qu'ils ne sont pas seuls : ils ont des amis, des voisins, de la famille, des gens comme des ombres qu'ils ont chargés du devoir de dire, l'air de rien, ce qu'eux font profession de taire. Et c'est ainsi qu'un siècle plus tard les rumeurs virevoltent encore dans les plis des rideaux derrière les fenêtres des voisins, qui accumulent vos secrets de famille et savent les colporter aux générations à qui on voulait les taire, comme le pollen se transporte dans l'air, essaimant au plus loin de son lieu d'origine.
p. 191
Yvonne, itinéraire d’une proxénète
Autant la présence de Marguerite est gênante dans la famille Chichery–Proust, autant Marthe, dite Yvonne, est le « mouton noir » de la famille Bouchet.
Sur le mode de l'enquête, une découverte de certains hôtels particuliers parisiens.
Face cachée – RTS : Yvonne, itinéraire d'une proxénète
Virginie Nussbaum pour Le Temps
et peut-être que c'était le sort des femmes de ne pas choisir l'homme avec qui elles devaient connaître l'amour - est-ce qu'elle était si sûre que sa mère avait choisi son père - elle qui ne s'était jamais posé la question la voyait soudain devant elle, immense et atroce - oui, se pouvait-il que sa mère se soit elle aussi trouvée dans une situation où on lui aurait imposé un homme qu'elle n'aurait pas désiré ni choisi –
Et tu veux le choisir ? Madame veut choisir ? tu crois que tu peux choisir ? Qu'on va te laisser choisir ? T'es idiote ou quoi ?p. 520
Mariée par nécessité, elle se retrouve avec deux enfants lorsqu'André est fait prisonnier en Allemagne. La guerre fait à nouveau son œuvre dans la dynamique familiale : le père est brisé psychiquement et Marguerite, reniée pour avoir cru obtenir le retour de son mari en séduisant un officier allemand, replonge dans un ennui qu'elle noie dans l'alcool.
Les absences pèsent lourd dans un carcan social étroit. Elles instiguent aux secrets qui emplissent les maisons, même vides, et inspirent les auteurs qui les pressentent.
Lecture de La Maison vide par Denis Podalydès – "Les admirations littéraires" de France Inter
Librairie Mollat
Lisbeth Koutchoumoff Arman pour Le Temps
RTS culture
Pierre Ropert pour France Culture
Sonia Devillers pour France Inter
Site de l'éditeur