Suite inoubliable

Mizubayashi Akira, Suite inoubliable . Folio, Gallimard, 2023.
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L’ensemble se dirige vers une Sixième Suite qui élargit considérablement la tessiture et semble aller vers le grand, l’universel, comme une sorte d’immense déclaration d’amour à l’humanité entière.

Jean-Guihen Queyras

Ce dernier volume d'une trilogie autour de la Guerre de 15 ans et de la musique, débutée avec Âme brisée, fait retentir les sonorités du violoncelle. Le roman s'articule autour des mouvements des Suites de Bach, œuvre qui transcende les différences culturelles et linguistiques entre le Japon et l'Europe.
Né en 1951, alors que le Japon se relevait du désastre où l'avait conduit ses ambitions coloniales, Mizubayashi se construit sur la culture européenne. Le français nourrit ce mélomane, jusqu'à écrire ses textes dans la langue qu'il a enseignée pendant toute sa vie professionnelle.

Aujourd'hui, j'écris; j'écris en japonais aussi bien qu'en français, mais j'écris dans cette langue comme si j'écrivais en français, en la tordant, en la disloquant, en la malmenant, si j'ose dire. J'écris dans ma langue de naissance en me demandant toujours comment écrire pour que cette langue ne soit plus jamais la langue du fanatisme déchaîné tel que celui qui a tué mon frère et mon père, a broyé et anéanti plus de vingt millions de vies en Asie à cette époque sombre et tourmentée douloureusement vécue par toute la génération de mes parents.

p. 252-253

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L'auteur porte un regard très critique sur l'institution impériale qui a entraîné l'Archipel dans la guerre en sacrifiant toute une génération. Mizuyabashi semble considérer l'aveuglement de la population comme une forme d'obscurantisme et d'oubli de la Restauration Meiji.
Alors que beaucoup considérait l'enrôlement dans l'armée comme un honneur, les réfractaires étaient couverts d'opprobre. Un ressentiment bien éloigné de la pratique de la musique classique et d'une culture occidentale, surestimée par l'auteur. Toutefois Mizubayashi met en évidence l'apport du dialogue entre civilisations et du recul qu'il permet pour appréhender sa propre culture.


[Le violoncelliste] montrait par l'enfilade de notes montantes et descendantes, par la variation du rythme, par l'intensité croissante ou décroissante, par la diversité des couleurs acoustiques, toute l'intériorité réfléchie de l'homme européen du XVIIIe siècle qui s'éveille à la liberté, qui décide de prendre en main son destin, son présent tout autant que son avenir, bref la totalité de sa vie.

p. 199


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La musique des fantômes, invité de France Musique