Gen de Hiroshima

Nakazawa Keiji, Gen aux pieds nus. Le Tripode, 2026
Tome 3 : Hiroshima, 11 – 19 août 1945

La reddition du Japon annoncée dans le premier discours de l'empereur aux Japonais amène un changement fondamental dans l'archipel. Gen l'observe avec la fin des mesures d'obscurcissement qui rend vie aux soirées. Les adultes se sentent trahis par l'Empereur; eux, qui ont accepté toutes les privations avec la promesse de la victoire, réalisent subitement que le pays est dévasté et que le rêve expansionniste ne se réalisera pas. Le Japon doit accueillir ses ressortissants contraints de se replier, comme l'Allemagne ses soldats en déroute.

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gen ryuta
Le tourment des rescapés du feu nucléaire ne se termine pas avec la fin de la guerre. Les atteintes à la santé causées par les radiations intriguent les médecins qui ne peuvent que constater les symptômes. Une méconnaissance qui rend la population hostile, par peur de la contagion, aux habitants de Hiroshima en fuite. Cette crainte qui ostracise les irradiés, les contraint à la misère : ils n'ont pas accès au travail. ne trouvent pas à se loger et sont donc contraints à la mendicité, voire à la délinquance. Gen, dont le nom évoque la vivacité, utilise sa spontanéité enfantine pour défier le monde des adultes.
Une riche famille le mandate pour s'occuper de Seiji, un membre de leur parenté, gravement brûlé par la bombe. Nakazawa se saisit de cette situation pour décrire l'hypocrisie d'une société qui sacralise la famille et qui, dans cette extrême tension, se comporte de manière odieuse.
Lorsque Seiji décède, tous feignent une grande affliction pour valider leur statut social. La mort, omniprésente, représente aussi un défi. Pour que le deuil puisse se faire, il est essentiel que les rites et l'incinération soient entrepris correctement. Traité avec mépris, Seiji revient de l'au-delà, tourmenter sa parenté, alors que la famille Nakaoka est apaisée d'avoir recherché les restes de ses morts pour les honorer. En faisant, par exemple, entrer Ryūta, le sosie de son petit frère perdu, dans sa famille, Gen ouvre un chemin de résilience.


En jouant de cette dualité entre la candeur de Gen et le monde hypocrite des adultes, le mangaka apporte de la légèreté dans ce vécu tragique. Prompt à l'action, l'enfant se montre aussi protecteur et sait rire de ses infortunes.
Alors qu'une censure se met en place – qui arrange tant les Américains que les Japonais – les hibakusha, les survivants aux bombardements atomiques, sont tout simplement ignorés. En montrant l'effet de la bombe sur les corps, Nakazawa témoigne de la souffrance et, par l'humanité de son héros, il prouve que ce ne sont pas des monstres.

Nakazawa Keiji, Gen aux pieds nus. Tomes 1 et 2
Site de l'éditeur
Le Monde – Gen aux pieds nus un manga pionnier en Occident
Bulles de BD – un manga majeur sur la guerre et Hiroshima