En même temps…

Ozeki Ruth, En même temps, toute la terre et tout le ciel. 10-18, Belfond 2013

Un carnet et quelques objets soigneusement scellés échouent sur la côte canadienne du Pacifique. En les recueillant, Ruth et Oliver en déterminent l'origine japonaise.

Les caractères d'imprimerie sont prévisibles, impersonnels. L'information se fixe de manière quasi mécanique sur la rétine du lecteur. L'écriture manuscrite, elle, résiste, demande du temps pour révéler sa signification, un contact aussi intime que celui d'une peau.

p. 23


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Ce témoin qui aurait peut-être été entrainé par le gyre du Pacifique Nord établit un lien entre Nao, rédactrice du journal, et sa lectrice. Un rapprochement entre deux femmes influencées par les cultures américaines et nippones. Malgré la globalisation, la tension entre cultures reste vive, même si les enjeux sont différents de ceux vécus par Sugimoto Etsu au tournant du XXe siècle.
Ruth a une ascendance états-unienne et japonaise, alors que Nao a passé ses premières années en Californie avant de retourner au Japon. Ces analogies tissent la trame du roman sur fond de relations entre les deux pays. Ruth est bouleversée par le tremblement de terre et le tsunami de Sendai en 2011. Une catastrophe qui ravive les plaies des attaques nucléaires de 1945 et qui interroge sur les responsabilités des dirigeants de l'époque.
Le contenu du sachet échoué permet d'exprimer la diversité des valeurs portées par la culture sans poser de hiérarchies. Si les enseignements du bouddhisme – l'autrice est elle-même ordonnée nonne – sous-tendent le récit, les faiblesses du Japon sont clairement nommées. La rigidité du système scolaire et du monde de l'entreprise rend insupportable le retour de Nao dans son pays.
Cet enchevêtrement temporel et spatial est aussi une manière de présenter l'acte d'écriture et tous les possibles qu'il permet. En nommant le couple établi au Canada Ruth et Oliver – comme elle et son conjoint –, l'autrice évoque une proximité avec le réel. En le mêlant aux informations du journal retrouvé, elle laisse place à la magie de l'inspiration et au pouvoir du subconscient.

Parfois, lorsqu'elle écrivait, elle se perdait tellement dans son histoire que le lendemain matin, en reprenant son travail, elle se surprenait à relire son manuscrit en y découvrant des paragraphes qu'elle aurait juré ne jamais avoir vu la veille. Il y avait même des scènes entières dont elle ne se souvenait plus comment elles étaient arrivées là.

p. 559





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